Document Type

Journal Article

Date of this Version

2007

Publication Source

Les Cahiers du Judaïsme

Volume

22

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14

Last Page

23

Abstract

Le mythe du ghetto comme un lieu d'isolement culcurel des juifs perdure largement, en dépit d'une profusion de preuves contraires. Nous lisons encore fréquemment des analyses qui expliquent de quelle manière les juifs ghettoïsés ont accédé aux Lumières et à l'émancipation en surmontant une existence hermétiguement fermée sur elle-même et retranchée du reste de la société, forgée par leurs faiblesses sociales et politiques, et comment ils ont pu finalement gagner un statut de pleine intégration et d'égalité avec la majorité non juive. Ce récit du chemin triomphant menant du ghetto á l'émancipation, dont le principal artisan fut Heinrich Graetz1, n'a pas simplement dominé l'historiographie juive moderne depuis le XIXe siécle, il a également influencé le vocabulaire fondamental de la mémoire juive avec des expressions telles que « ère du ghetto »,« mentalité du ghetto »,« juif du ghetto »,« hors du ghetto »…Dans cette version commune, ghetto est synonyme de parochialisme et d'étroitesse d'espirit, tandis que l'émancipation évoque une condition enviable de grande liberté, de créativité et d'autodétermination. Les mythes ont la vie dure et nous sommes tous conditionnés à accepter cette dichotomie en dépit des efforts de plusieurs générations d'historiens pour passer celle-ci au crible de l'analyse et, au bout du compte, pour battre en brèche l'idée de cette opposition radicale entre l'enfermement du ghetto et l'ouverture liée à l'émancipation.

Copyright/Permission Statement

Originally published in Les Cahiers de Judaïsme by the Alliance Israélite Universelle © 2007. Reproduced with permission.

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Date Posted: 03 August 2017